Le tribunal administratif de Marseille a annulé, ce jeudi, le permis de construire de grande mosquée de Marseille. Un nouveau revers pour pour ce projet en attente depuis près de dix-sept mois.
La première pierre a été posée il y a déjà dix-sept mois. Depuis, le chantier de la grande mosquée de Marseille reste dans le flou total. Et ce n’est pas la nouvelle décision de justice de ce jeudi qui va éclaircir la situation. En effet, le tribunal administratif a décidé d’annuler le permis de construire de ce lieu de prière. Il s’agit d’une déconvenue de plus pour ce projet-phare du maire UMP, Jean-Claude Gaudin. Mais aussi pour les 250.000 musulmans marseillais. La cité phocéenne étant l’une des villes où la communauté musulmane est la plus importante de France.
Pour justifier sa décision, le tribunal administratif a expliqué avoir suivi les préconisations du rapporteur public. Celui-ci avait estimé, le 20 octobre, que des incertitudes continuaient à exister sur les modalités de stationnement prévues pour l’édifice. Ainsi, la réalisation d’un parking de 450 places, que la communauté urbaine projette dans une ZAC voisine, n’a « pas encore fait l’objet d’un engagement formel ou d’une programmation » de la part du maître d’ouvrage, a indiqué la juridiction. Le rapporteur public avait déjà demandé en septembre 2010 l’annulation du permis de construire, initialement accordé en septembre 2009.
Les opposants aux anges
Le président PS de Marseille Provence Métropole, Eugène Caselli, s’est de son côté montré « très étonné » d’une telle décision. Selon lui, « toutes les dispositions ont été prises pour qu’un parking soit en service une fois la mosquée construite ». La ville de Marseille assure également que les « discussions vont être relancées afin d’asseoir le nouveau permis sur des bases solides ». Car ce projet tient à cœur au maire Jean-Claude Gaudin qui souhaite le voir finaliser sous son mandat.
Mais ce n’est pas le seul argument avancé par le tribunal pour expliquer l’annulation du permis de construire de la mosquée. La juridiction a également insisté sur « l’insuffisance du document graphique permettant d’apprécier l’insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ». Une décision qui ravit les opposants à l’édification d’un tel bâtiment. « C’est l’aboutissement d’un long combat pour les gens qui travaillent et vivent ici et voulaient simplement que ce Le projet s’imbrique de manière harmonieuse dans le tissu économique et social du quartier », a réagi leur chef de file, Pierre Métras, patron d’une triperie du quartier de Saint-Louis.
Urgence pour un site "digne de ce nom"
Car les principaux antagonistes sont les habitants et commerçants de Saint-Louis, l’ancien quartier des abattoirs, où la mosquée doit voir le jour, dans le nord de la ville. En face, les défenseurs de la mosquée n’ont pas caché leur déception. « Je trouve assez hallucinant qu’on nous annule le permis de construire pour une histoire de parking alors qu’on cherche à sortir l’islam du garage et qu’on veut arrêter les prières de rue », a déclaré l’architecte Maxime Repaux.
Le conseil régional du culte musulman (CRCM) a récemment demandé qu’on trouve pour ses fidèles un site « digne de ce nom », après l’annonce par la préfecture de la mise à disposition d’un lieu de culte provisoire. Car la fréquentation est estimée à 150 fidèles par jour en moyenne, 1.000 à 1.500 le vendredi et 10.000 à 14.000 pendant les fêtes. Il y a donc urgence à leur trouver un local. Mais, après des années de tension sur fond de recours juridiques de l’extrême-droite, le prochain coup de pioche ne devrait pas avoir lieu de si tôt.
Par Maxime Ricard
France Soir 28/10/2011