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LE JEUNE DANS L'ISLAM
L’étude préliminaire et objective de ce sujet incombe d’autant plus aux musulmans que, non seulement la raison, mais encore le Coran, fondement même de l’Islam, le leur enjoint. En effet, il n’est pas un seul des devoirs spirituels imposés par le Coran qui ne soit accompagné d’un appel à la réflexion, à la méditation, pour que l’homme puisse découvrir qu’il est dans son intérêt de l’accomplir. A maintes reprises, le Coran exhorte à ne pas suivre aveuglément les coutumes des ancêtres, mais à penser par soi-même, afin que l’homme soit, en toute justice, personnellement responsable de ses actes. L’être humain ne doit pas agir seulement par instinct comme les animaux, mais par décision personnelle comme il convient à un être à qui Dieu a donné la raison, à l’exclusion des autres créatures. L’homme ne doit pas non plus se laisser berner par des mystifications qui isolent la raison de la religion, ni croire pour croire, sans conviction réelle. Certes, les tempéraments diffèrent, et tous les individus n’ont pas les mêmes aspirations. Il sera par exemple raisonnable, du point de vue de tout un chacun, que celui qui entreprend quelque chose s’assure d’en obtenir une réussite matérielle. Un pieux ermite, par contre, ne cherche que les avantages spirituels et le salut de l’au-delà, renonçant aux gains matériels sans y être contraint par quoi que ce soit. Dans l’une et l’autre de ces deux catégories, il y a très peu de gens qui poussent les choses à l’extrême. La très grande majorité des êtres humains aspire au bonheur dans l’au-delà aussi bien que sur terre. A ce double point de vue, l’Islam se signale par la manière dont il pourvoit aux besoins des hommes, et le Coran (II,20) loue ceux qui s’adressent à Dieu dans leurs prières en ces termes : «Donne-nous belle part ici-bas, belle part aussi dans l’au-delà», car c’est là l’idéal que cherche à inculquer l’Islam. Comme le jeûne est imposé par le Coran même, n’est-ce pas aux musulmans de chercher à découvrir le bien que cette institution leur procure dans ce monde et dans l’autre ? L’homme étant à la fois corps et esprit, la poursuite exclusive des bienfaits pour une seule de ces composantes se fera au détriment de l’autre, et détruira l’équilibre de l’individu. L’intérêt véritable de l’homme exige l’harmonie entre le corps et l’âme, ainsi que leur heureuse coordination. Si nous n’œuvrons qu’en faveur de l’esprit, nous deviendrons anges et même au-delà. Or, Dieu a déjà créé les anges et n’a pas besoin d’en augmenter le nombre. De même, si nous dépensons toute notre énergie en faveur du bien-être matériel et de l’intérêt égoïste, nous deviendrons des bêtes, des diables, et même pire. Or, Dieu a déjà créé des êtres de ce genre, et, devenant bêtes ou diables, nous allons à l’encontre de l’intention divine qui présida à la création des êtres doués du pouvoir d’accomplir des œuvres, tant spirituelles que matérielles, et doués de raison pour distinguer le bien du mal. Que l’homme s’efforce donc de développer et de coordonner tous les talents que Dieu lui a donnés ! Avant de tenter de pénétrer les fondements du jeûne, écoutons les termes précis dans lesquels le Coran promulgue ce décret : Le jeûne et le Coran Voici ce que dit le Coran à propos du jeûne : «ô, les Croyants ! On vous a prescrit le jeûne comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous - peut-être seriez-vous pieux ! - pendant des jours comptés. Donc, quiconque d’entre vous est malade, ou en voyage, alors, qu’il compte d’autres jours. Mais pour ceux qui pourraient le supporter, il y a une rançon : la nourriture d’un pauvre. Et si quelqu’un fait plus, c’est bien pour lui : mais il est mieux pour vous de jeûner, si vous saviez ! C’est dans le mois de Ramadan qu’on a fait descendre le Coran comme Guidée pour les gens et en preuves de Guidée et discernement. Donc quiconque d’entre vous est présent à ce mois, qu’il le jeûne ! Et quiconque est malade ou en voyage, alors qu’il compte d’autre jours ; —Dieu veut pour vous la facilité. Il ne veut pas pour vous la difficulté, mais que vous en accomplissiez bien le nombre, et proclamiez la grandeur de Dieu pour ce qu’il vous a guidés. Peut-être seriez-vous reconnaissants !» (II : 183-5). Au début de ce passage, il est dit que d’autres religions ordonnent aussi le jeûne. Voyons donc ce qu’elles enseignent à cet égard. Une comparaison avec l’Islam ne sera pas dépourvue d’intérêt. Le jeûne dans les autres religions L’Islam se considère comme religion révélée de tous temps à l’Humanité par l’intermédiaire des prophètes successifs, venus raviver la Vérité Eternelle et la purifier des apports ultérieurs, étrangers à l’enseignement de chaque Envoyé chargé, par mission divine, de guider son peuple. Sabéisme : en l’honneur de la Lune, les Sabéens de Harrân observaient un jeûne de trente jours, ne mangeant ni ne buvant de l’aube au coucher du soleil ( cf. Encylopedia of Religion and Ethics, vol. 5, p.764, s.v. “Harrân”, citant Chwolson, Die Ssabier und der Ssabismus, II, 711, 226). Abraham, Hanif , de bienheureuse mémoire, fut envoyé comme Prophète auprès des Sabéens de l’Irak. A l’encontre de la tradition païenne, le Coran (XLI:37), lui, interdit d’adorer le Soleil ou la Lune. Mais, confirmant la restauration du Hanifisme, ou religion véridique du Prophète Abraham, il prescrit à ses fidèles un mois de jeûne. Judaïsme : Les Israélites jeûnent un jour par an, le Yom Kippour, le 10 de Tichri, le 1er jour de leur calendrier, 24 heures durant, d’un coucher de soleil à l’autre. Au cours de la prière qu’ils récitent, le Yom Kippour, ils disent : «Grâce à Ta Sollicitude infinie, O Eternel, tu nous a donné le Kippour pour la rémission de toutes nos fautes et as appelé cette fête sainte solennité, en souvenir de la sortie d’Egypte» (cf. Rituel de prière pour tous les jours de l’année, traduit par le Grand Rabbin S. Debré, 1932, p 679-681). Les plus pieux parmi les juifs jeûnent les lundis de chaque semaine, en souvenir, expliquent-ils, de Moïse, de mémoire bénie, qui est monté sur le Mont Sinaï un jeudi, et en est redescendu 40 jours après, un lundi, muni des Table de la Loi (Encyclopedia Of Religion and Ethics, v. p. 765). Les plus pieux parmi les juifs jeûnes les lundis et jeudis de chaque semaine, en souvenir, expliquent-ils, de Moïse, de mémoire bénie, qui est monté sur le Mont Sinaï un jeudi, et redescendu 40 jours après, un lundi, muni des Tables de la loi (Encyclopedia Of Religion and Ethics, v.p. 765). Rappelons en passant qu’avant l’Islam, les Mecquois jeûnaient le âchoura (le 10 de Mouharram, le 1er mois de leur calendrier) et qu’avant sa prédication de l’Islam, le Prophète jeûnait également ce jour. Il continua quand il arriva à Médine et ordonna d’en faire autant. Mais quand le jeûne de Ramadhan fut prescrit, il abandonna celui de âchoura. Jeûna alors ce jour-là qui voulut, et s’en abstint qui voulut». (cf. Boukhari 30/69/3). Les Mecquois n’étant pas juifs, il est invraisemblable d’imaginer que ce jeûne ait été pratiqué sous une quelque influence juive. Peut-être y a-t il une origine commune plus ancienne, remontant aux Prophètes Abraham, ou même Noé. D’ailleurs, ce jeûne des Mecquois préislamiques ne durait pas 24 heures, contrairement à celui des juifs. En passant, on constatera que ce jeûne de âchoura, antérieur à la révélation islamique, n’a par conséquent aucun rapport avec le martyre de l’Imam Hussein, petit-fils du Prophète, tué ce jour-là sur le champ de bataille, et ce, contrairement théories chiites. Christianisme : Jésus, de mémoire bénie, jeûnait (peut-être à la façon juive) et a recommandé de l’imiter, mais sans préciser l’époque ni la durée de ce jeûne. Les premiers chrétiens ont pensé à son célèbre jeûne de 40jours dans le désert, et le carême fut consacré à l’abstinence et à la pénitence, en souvenir du Christ. Mais cette pratique n’était pas uniforme. Avant 439, les chrétiens de Rome jeûnaient pendant trois semaines, et ceux d’Alexandrie pendant sept semaines, avec cette particularité que les samedis et les dimanches n’étaient pas jeûnés, sauf le samedi saint. Cela faisait 36 jours en tout (cf. La Grande Encyclopédie, s.v. Carême). On pensait que ces 36 jours représentaient la 10e partie d’une année complète. De même qu’on payait, à titre d’impôt religieux, la dîme (10e partie) sur les biens, on la payait sur les aliments et les boissons. Or, rappelons en passant que l’année chrétienne (année solaire) comprend toujours plus de 360 jours. Considérer 36 jours de jeûne comme le 10e de l’année est donc un compte fictif .Quand les chrétiens d’Alexandrie ont pensé aux 36 jours, à l’encontre de la pratique de Rome, mais il convient de mentionner quelques paroles du Prophète de l’Islam : «Il y a impôt sur chaque chose, sur le corps étant le jeûne» (cf. Ibn Majah nº 1745). Et encore : «Quiconque jeûne tout le mois de Ramadhan et y ajoute encore 6 jours dans le mois suivant, Chawwal, c’est comme s’il jeûnait toute une année.» (cf. Ibn Majah n 1715). Le Coran (VI, 160) a bien dit : “Quiconque viendra avec un bien, à lui alors dix autant”. Le mois lunaire (islamique) compte de 29 à 30 jours, et l’année lunaire 355 jours (1) en chiffres ronds. Si on jeûne pendant une année 29j + 6j = 35j et une autre année 30j + 6j = 36j, ces jours, multipliés par dix, donneront alternativement 350 j et 360 j, soit une moyenne de 355 j, c’est-à-dire le nombre de jours de l’année. Une autre méthode de calcul est suivante : 1 mois = 10 mois (puisque recomposé à 10 fois sa valeur) ; 6 jours = 60 jours = 2 mois ; 10 mois + 2 mois = 12 mois (nombre de mois de l’année entière). Le jeûne n’incombait aux chrétiens qu’à l’âge de 21 ans. A la fin du IVe siècle, le jeûne pouvait être rompu aussitôt après la IXe heure (depuis le lever du soleil) c’est-à-dire 3 heures de l’après-midi, «moment où Jésus expira» (La Grande Encyclopédie, s.v. Carême). «Un capitulaire de Charlemagne portait peine de mort contre les infractions à la loi du carême» (Idid). Chez les Indiens Peaux-Rouges de l’Amérique : au Mexique, les chefs religieux jeûnent 160 jours (cf. La Grande Encyclopédie, s.v. le jeûne). Dans certaines religions, le jeûne était prescrit au printemps afin de diminuer les viols, très fréquents à cette époque. Rappelons au passage cette citation du Saint Prophète Mohammad : «Ô jeunes gens, celui d’entre vous qui est capable d’entrer en ménagée doit se marier ; quant à celui qui n’en a pas les moyens, qu’il jeûne, le jeûne lui est calmant» (Boukhari, 67/2). Le mois lunaire n’a pas toujours la même durée et, selon l’Observatoire de Paris, la lunaison dure 29 jours, plus de 6 à 20 jour suivant. La moyenne étant : 29,530588 jours. Donc l’année lunaire aura en moyenne 354,367056 jour. Mais il n’ y a pas de périodicité : il faut calculer pour chaque mois. On calcule, non pas selon la durée de lunaison, mais à partir de la vision de la nouvelle lune, tantôt en 29 jours, tantôt en 30 jours, ce qui absorbe les fractions. Et il y a parfois plusieurs mois consécutifs de 29 jours, et aussi plusieurs mois consécutifs de 30 jours. Hindouisme : les brahmanistes de l’Inde jeûnent religieusement lors des jours qu’ils considèrent comme importants : à l’anniversaire des fondateurs de leur religion, aux éclipses de lune ou de soleil... Ils s’abstiennent de s’alimenter jusqu’à 3 heures de l’après-midi. D’aucuns se contentent de modifier leurs habitudes : ils prennent du lait au lieu de pain. Bouddisme : on peut dire que c’est l’hindouisme réformé. Seuls les lamas (moines) jeûnent chez eux parfois, jamais les masses. Ce rapide tour d’horizon suffit à démontrer le bien-fondé de la déclaration du Saint Coran : «Oh, les Croyants ! On vous a prescrit le jeûne comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous, peut-être seriez-vous pieux ! — pendant des jours comptés.» Le jeûne existe donc bien aussi, dans les religions hindoue, bouddhiste et autres, mais nulle part il n’est observé comme il l’est chez les musulmans. Un autre trait curieux dans ce verset prescrivant le jeûne, et qui attire notre attention, c’est son ton d’imprécision apparente : «Peut-être seriez-vous pieux... et peut-être seriez-vous reconnaissants». Pourquoi cette hésitation ? Il y a là une particularité du style coranique que l’on retrouve à maintes et maintes reprises. Il en découle au moins deux idées : Tout d’abord, la Toute-puissance absolue de Dieu : en effet, Dieu peut faire ce qu’Il veut sans contrainte, et malgré le culte que nous lui rendons, Il n’est pas tenu de nous accorder ce que nous souhaiterons, En second lieu, le libre arbitre de l’homme : Dieu, à travers le Coran, nous dispense Son Enseignement, mais il dépend de nous d’apprendre ou de ne pas apprendre. L’argument contenu dans le verset relatif aux effets du jeûne peut inspirer la crainte de Dieu aux uns, tandis que les autres persévéreront dans leur obstination. Le ton d’hésitation, dans le même verset, se rapporte à l’éventuelle gratitude du jeûneur, et peut impliquer différentes notions : La vraie reconnaissance n’est pas nécessairement liée à l’aspect extérieur du jeûne ou à l’abstention de nourriture, le jeûne doit au contraire être dépourvu de toute obtention et de tout mal, le jeûne n’est pas l’unique façon de nous montrer reconnaissants envers Dieu, mais il y a d’autres moyens qui doivent être tous scrupuleusement utilisés si l’on veut parler d’une authentique gratitude envers Dieu, et si l’on veut avoir accompli son devoir envers son Seigneur. Le troisième point à relever dans ce verset est le souci constamment présent dans la loi de l’Islam de faciliter les choses aux fidèles. Cette loi fait des cessions, non seulement en faveur des malades, mais aussi des voyageurs : ils n’auront pas à jeûner durant le mois de Ramadhan, mais ils pourront attendre une période plus propice. Le jeûne ne s’effectue pas dans l’intérêt de Dieu, mais dans l’intérêt du jeûneur. En forçant un malade à jeûner, on peut aggraver son mal et même hâter sa mort. L’Islam n’est ni cruel ni dur, mais indulgent : «Dieu veut pour vous la facilité, Il ne veut pas pour vous la difficulté» (Coran II-185). Différentes sortes de jeûnes Le jeûne peut présenter un caractère obligatoire pour tous, hommes et femmes adultes, tel que le jeûne du mois de Ramadan. En d’autres occasions, il n’est obligatoire que pour les auteurs de certaines transgressions, à titre de pénitence ou d’expiation (par exemple, si, contraint par les circonstances, on a violé un serment). Le jeûne peut aussi être simplement méritoire, surérogatoire, sa non-observance n’entraînant pas de péché. C’est le cas , par exemple, des six jours de Chawwâl. Le saint Prophète Mohammad a aussi interdit de jeûner en certaines occasions, par exemple durant les deux jours de fête ou Aïd (le 1er de Chawwâl et 10 de Dhoul Hidja). Il a également ordonné que le jeûne des musulmans ne couvre pas le longues périodes sans interruption, même à titre surérogatoire : «Vous avez également des devoirs à remplir envers vous-mêmes» «Ton seigneur a des droits sur toi, Ta famille a des droits sur toi, Ta personne a des droits sur toi, Donne à chacun ce qui lui revient» (CF. Al Bukhâri - 149/8). Notre personne ne nous appartient pas : elle appartient à Dieu, notre Seigneur. Elle nous est confiée et nous avons la responsabilité de son bien-être. Les chrétiens font une distinction entre le clergé et les laïcs. Les prêtres et les moines jeûnent probablement dans une certaine mesure aujourd’hui encore, mais les laïcs en sont pratiquement exemptés : quiconque travaille n’est pas tenu de jeûner, qu’il soit étudiant, professeurs, ouvrier, commerçant, etc. Chez les juifs, la rigueur du seul long jeûne annuel de 24 heures semble expliquer le fait que très peu de gens d’esprit religieux l’observent. Epoque du jeûne Les juifs, les chrétiens et les hindous vivent au rythme de l’année solaire, soit directement, soit par l’intermédiaire d’un calendrier lunaire avec jours intercalaires. Ainsi le temps du jeûne revient toujours à la même saison. Les musulmans suivent un calendrier purement lunaire, et par conséquence leur temps de jeûne, le mois de Ramadhân, passe successivement par toutes les saisons de l’année. Quel est le système préférable à l’autre ? Le globe terrestre sur lequel nous vivons ne connaît pas partout le même climat ? L’homme souffre des températures excessives, qu’elles soient trop chaudes ou trop froides. Les saisons chaudes et les saisons froides ne sont pas ressenties de la même façon d’une région à une autre pôles (au Canada, au nord de l’Europe par exemple). L’été est la meilleure, saison près des pôles, mais absolument pas près de l’équateur et dans les déserts sablonneux. Le printemps peut être une saison tempérée, mais plusieurs pays près de l’équateur (le sud de l’Inde par exemple) ne le connaissent pas, car il y a là que trois saisons : L’hiver, L’été et la saison des pluies. Dans une religion à vocation universelle, un jeûne fixé dans une saison déterminée apportera donc constamment des avantages aux uns, constamment des difficultés aux autres, ou une gêne au moins, pour les habitants de telle régions. Mais si les saisons du jeûne changent régulièrement, il y aura alternance des avantages et des difficultés, et nul ne s’en prendra au législateur. En outre rotation accoutumera chacun à jeûner en toute saison. Cet entraînement, cette capacité à s’abstenir de manger pendant un hiver froid ou un été brûlant donnera aux croyants une endurance qui leur servira dans l’adversité. En outre, ceux qui ont un peu voyagé savent que les saisons ne sont pas les mêmes partout au même moment : j’écris en janvier, et la radio annonce qu’en certains points de France, il fait-40. Au même moment en Argentine, il fait +40. Les saisons sont inversées de part et d’autre de l’équateur : quand c’est l’hiver dans l’hémisphère nord, c’est l’été dans l’hémisphère sud, et vice versa. Si l’Islam avait ordonné le jeûne, mettons, en janvier de chaque année, ce serait toujours en hiver pour certains musulmans, toujours en été pour d’autres. Ou si l’Islam avait ordonné le jeûne, mettons, en hiver, les uns jeûneraient en janvier, d’autres en juillet, ceci entraînant une difficulté continuelle pour les habitants de certaines régions ainsi qu’on l’a vu plus haut, et une absence d’unité. En d’autres termes, aucune communauté mondiale ne saurait observer le jeûne en se basant sur l’année solaire sans causer de gêne à ses fidèles. Un jeûne basé sur l’année solaire conviendrait à une religion régionale, tout en ne procurant cependant pas à ses fidèles l’occasion de jeûner en toutes saisons. Un jeûne fondé sur un calendrier lunaire semble donc la formule la plus raisonnable et la mieux adaptée aux intérêts de la société. C’est en même temps la seule solution pratique du problème pour une communauté mondiale. Le sens du jeûne Comme nous l’avons vu, l’Islam va dans le sens du bonheur de l’homme dans ce monde et dans l’autre, avec tout ce que cela implique. Suivant les notions islamiques, c’est dans l’au-delà que chacun sera jugé d’après ce qu’il aura fait sur terre. Les bienheureux, ceux qui auront atteint le succès, sont ceux qui trouveront alors grâce aux jeux de Dieu, notre Seigneur. Mais pour ce qui est du temps où nous vivons, l’homme étant fait non seulement d’une âme mais aussi d’un corps, ce sont les effets matériels et spirituels du jeûne qui nous préoccuperont dans cette étude. Importance du motif et de l’intention Chacun sait que le meurtre volontaire est abhorré par toutes les civilisations, et toutes les religions condamnent le meurtrier à l’enfer alors que la victime innocente, le martyr, mérite le Paradis. Chacun sait aussi la défense d’une juste cause (la lutte contre un agresseur, par exemple) est un devoir. Et celui qui tue un agresseur est considéré comme un héros qui mérite toutes les récompenses sur la terre et au ciel. La différence entre ces deux types de meurtres ne réside-t-elle pas seulement dans l’intention ? Ainsi, si l’on s’abstient de boire et manger sur ordre de son médecin n’accomplit-on pas la même action que si on renonce à la nourriture et à la boisson pour obéir aux Commandements de Dieu et pour Le servir ! Dieu est notre créateur, notre législateur. Il nous recevra après notre mort et nous demandera compte de nos actions ici-bas. Quiconque lui aura obéi obtiendra Sa miséricorde, même s’il n’a pas découvert tous les secrets de Son Commandement. La pratique du jeûne sur l’ordre d’une religion et d’une loi révélée entraîne l’obtention de la grâce Divine. Quel avantage en ce monde et en l’autre peut surpasser la grâce éternelle du Seigneur ? Des motifs matériels, de l’ostentation, ou d’autre semblables sentiments terniraient la pureté de notre intention. Que notre jeûne soit donc uniquement et exclusivement accompli pour plaire à Dieu et suivre Ses Commandements ! C’est ce que nous enseignent aussi les célèbres paroles du Messager de Dieu : «Les actions valent par les intentions.» (Cité par Boukhâri.) Aspect spirituels L’expérience démontre que les aveugles ont souvent une meilleure mémoire que ceux qui voient, et que certains de leurs sens sont plus développés. En d’autres termes, si certaines capacités demeurent sans emploi, elles peuvent, à différents égards, aider à en renforcer d’autres. Il en va de même dans les rapports entre le corps et l’âme, de même qu’un arbre que l’on émonde porte plus de fleurs et de fruits. Lorsque nous jeûnons, nous avons une conscience plus aiguë du mal et nous résistons mieux aux tentations. Le jeûne nous conduit en outre à penser davantage à Dieu, à mieux pratiquer la charité, et nous permet de goûter la joie de l’obéissance au Seigneur. Dieu Tout-puissant a créé l’homme à son image (1), ainsi que l’a dit le Prophète, selon Bukhâri et Muslim, et comme le proclame le Coran : «A la couleur de Dieu ! Et qui plus que Dieu, est beau de couleur ?...» (II:138). 1) Cela bien entendu doit être interprété conformément à la conception islamique de la Divinité qui s’exprime dans cette parole coranique «Rien qui Lui soit semblable» (Coran XLII-11) Que l’homme, donc, se mette à la couleur de Dieu ! L’un des attributs de Dieu, d’après le Coran (CI : 14) est d’être «celui qui nourrit sans qu’on le nourrisse»... Lorsqu’un homme jeûne, cet attribut de Dieu se reflète en lui : il renonce à satisfaire ses désirs, mais fait les manières à faire le bien, ce qui lui apporte une perception des qualités célestes qu’ont pu ressentir tous ceux qui en ont fait l’expérience, mais que l’on ne saurait décrire. Par ailleurs, l’homme, dans sa faiblesse, commet parfois des péchés ou autres transgressions. Si plus tard sa conscience peut le convaincre qu’il a mal agi il se repent. On sait par expérience que lorsque le coupable se tourmente dans son repentir, il console en proportion de ce repentir et la réparation qu’il aura apportée à sa faute. Dans cet esprit, il y a des châtiments prévus pour tous les crimes, que ceux-ci aient été de nature spirituelle ou matérielle, qu’ils aient été perpétrés par l’âme ou par le corps. La destruction de soi-même étant exclue, quelle pénitence affligera plus un homme que la prévention de ses satisfactions fondamentales, boire et manger ? 26-09-2006 Mohamed El-Ouahed Paru dans la Nouvelle République |

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Silence des Mosquées